SONGOLOLO — L’annonce de l’arrivée de l’Agence nationale de l’électrification et des services énergétiques en milieux rural et périurbain (ANSER) dans le territoire de Songololo relance l’espoir d’un accès à l’électricité. Mais elle soulève aussi une question : que devient le projet annoncé depuis plusieurs années par la Société nationale d’électricité (SNEL) ? Les documents consultés montrent qu’à ce stade, rien ne permet de conclure à l’abandon du projet SNEL. Les deux initiatives pourraient même se compléter.

Jeudi 10 septembre, l’Administrateur du territoire de Songololo, Évariste Kazadi Mukeba, a réuni les forces vives locales autour des représentants de l’ANSER pour présenter un projet d’électrification devant concerner environ 1 700 ménages.

Des études de faisabilité sont annoncées avant l’installation envisagée d’infrastructures photovoltaïques dans plusieurs localités, notamment Songololo-Cité, Km5-Mamboma, Lufu-Frontière, Kisonga, Lufu-Gare, Nkamuna, Nduizi, Kenge, Kasi et Nsona-Mpangu.

Cette annonce a cependant réveillé une inquiétude : l’arrivée de l’ANSER signifie-t-elle la fin du projet SNEL ?

Le projet SNEL toujours dans les procédures

Les documents disponibles indiquent le contraire.

En 2022, la SNEL avait déjà lancé un appel d’offres concernant l’électrification de Songololo, Lufu, Kisonga et Kimpese, avec notamment la construction d’un poste électrique à Songololo, d’une ligne reliant Kwilu à Songololo et de réseaux de distribution.

Les retards enregistrés avaient même suscité, en 2024, une interpellation parlementaire sur le projet Songololo-Luozi.

Plus récemment encore, en mai 2026, la SNEL a publié un nouvel appel d’offres portant sur la construction à Songololo d’un poste 220/30 kV de 3 × 30 MVA, financé sur son propre budget.

Cela démontre qu’en 2026, Songololo figurait toujours dans les projets de la SNEL.

Une réserve demeure toutefois : les recherches effectuées par Ngoma Actu n’ont pas permis, à ce stade, de retrouver une publication officielle confirmant l’attribution définitive de ce marché ou le démarrage effectif des travaux.

L’ANSER dispose aussi d’un projet programmé

L’intervention annoncée par l’ANSER repose également sur une programmation publique.

Le Programme d’investissement public 2026-2028 de la RDC prévoit une opération d’électrification concernant Songololo centre et Lufu-Frontière, pour un montant programmé de plus de 16 milliards de francs congolais.

Une différence apparaît néanmoins entre les documents : le programme d’investissement évoque une extension de réseau, alors que la présentation faite à Songololo parle notamment d’installations photovoltaïques.

Cette différence pourrait s’expliquer par une évolution du projet ou par l’existence de plusieurs composantes. Les études de faisabilité annoncées devraient permettre d’en préciser l’architecture technique.

ANSER et SNEL peuvent travailler ensemble

Il serait donc prématuré de présenter ANSER et SNEL comme deux institutions concurrentes.

Depuis l’ouverture du secteur de l’électricité en RDC, plusieurs opérateurs peuvent intervenir dans la production, le transport et la distribution de l’énergie.

Surtout, ANSER et SNEL disposent déjà d’un cadre de collaboration. Leur partenariat permet notamment de développer des extensions de réseaux et des projets d’électrification rurale dans certaines zones.

Au Kongo Central, le projet Mayidi-Ngeba-Lemfu constitue notamment un exemple de cette coopération.

À Songololo, les deux approches pourraient donc répondre à des besoins différents : la SNEL développerait une infrastructure structurante raccordée au réseau électrique, tandis que l’ANSER pourrait utiliser le solaire ou des mini-réseaux pour atteindre plus rapidement certaines localités éloignées.

Le vrai défi : passer des annonces aux travaux

La question essentielle n’est donc peut-être pas de savoir qui, de l’ANSER ou de la SNEL, électrifiera Songololo, mais comment les deux interventions seront coordonnées.

Plusieurs réponses restent attendues : quelles localités seront couvertes par chaque projet ? Qui exploitera les installations de l’ANSER ? Quels tarifs seront appliqués ? Les infrastructures solaires pourront-elles un jour être raccordées au réseau SNEL ? Et comment éviter que des investissements publics ne financent deux fois les mêmes équipements ?

Ces interrogations ne remettent pas en cause l’intérêt du projet. Elles conditionnent plutôt sa durabilité.

Pour les habitants de Songololo, après plusieurs années d’attente, l’enjeu principal reste désormais concret : voir les études déboucher sur des marchés, les marchés sur des chantiers et les chantiers sur une fourniture effective et durable de l’électricité.