Près de six mois après la suspension des nouvelles admissions à la prison centrale de Mbanza-Ngungu, le juriste et activiste des droits de l’Homme Me Guy Matuasilua appelle les autorités à mettre fin à une situation qui transforme progressivement les cachots de Boko et du camp GD en lieux de détention prolongée.

La suspension des admissions à la prison centrale avait été décidée fin mars 2026 dans un contexte d’urgence sanitaire marqué notamment par l’épidémie de choléra. Depuis, plusieurs personnes arrêtées dans le ressort de Mbanza-Ngungu sont orientées vers les cachots du secteur de Boko-Kivulu et du camp GD.

Pour Me Guy Matuasilua, la durée de cette situation pose désormais un véritable problème de droit et de respect de la dignité humaine.

« Certains détenus passent aujourd’hui plusieurs mois dans ces cachots alors que ces lieux ne sont pas conçus pour une détention de longue durée », explique-t-il.

Selon le juriste, les conditions y seraient particulièrement difficiles : possibilités limitées de prendre l’air, insuffisance des installations sanitaires, difficultés pour se laver, faire la lessive ou organiser normalement les conditions élémentaires de vie.

La tentative d’évasion signalée dans la nuit du 26 septembre au cachot de Boko vient, selon lui, rappeler l’urgence d’une solution structurelle.

Quelques jours auparavant, le député national Pierre Nsumbu Muntu Kalavo s’était rendu sur place. Il avait notamment soutenu certaines initiatives visant à renforcer la sécurité et à améliorer les conditions d’hygiène.

Pour Me Guy Matuasilua, ces interventions ponctuelles sont utiles, mais elles ne peuvent remplacer une réponse institutionnelle durable.

Ce que dit la loi

La Constitution congolaise rappelle que la liberté individuelle est la règle et la détention l’exception.

Elle limite également la garde à vue à 48 heures. Passé ce délai, une personne doit soit être libérée, soit être mise à la disposition de l’autorité judiciaire compétente.

Lorsqu’une personne est régulièrement placée sous mandat de détention, la question n’est donc plus celle de la garde à vue, mais celle du lieu où cette détention doit être exécutée.

La Loi n°23/028 du 15 juin 2023 déterminant les principes fondamentaux relatifs au régime pénitentiaire prévoit que l’exécution des mesures privatives de liberté doit se faire dans des établissements pénitentiaires appropriés.

Cette même loi impose le respect de la dignité des personnes détenues ainsi que la garantie de conditions minimales en matière de santé, d’alimentation et de traitement humain.

Pour Me Guy Matuasilua, si Boko et le camp GD demeurent juridiquement de simples cachots et non des établissements pénitentiaires régulièrement aménagés à cet effet, leur utilisation durant plusieurs mois pour héberger des personnes détenues sous mandat soulève une sérieuse question de conformité avec la législation pénitentiaire.

« Le provisoire ne peut pas devenir permanent »

Le problème ne peut cependant pas être résolu par une simple réouverture précipitée de la prison centrale.

Celle-ci reste confrontée à la surpopulation carcérale et à d’importantes difficultés sanitaires et infrastructurelles.

« La solution n’est pas de choisir entre une prison surpeuplée et des cachots inadaptés. L’État doit créer les conditions d’une détention respectueuse de la loi et de la dignité humaine », insiste Me Guy Matuasilua.

Il appelle ainsi le ministère de la Justice, les autorités judiciaires de Mbanza-Ngungu, le gouvernement provincial du Kongo Central et l’administration pénitentiaire à agir rapidement.

Il demande notamment une inspection des cachots de Boko et du camp GD afin d’identifier le nombre de personnes qui y sont détenues, la durée de leur détention, leur statut judiciaire et les conditions dans lesquelles elles vivent.

Il plaide également pour la clarification du statut juridique de ces lieux ainsi que pour l’accélération de l’assainissement et du désengorgement de la prison centrale de Mbanza-Ngungu.

« Une personne détenue perd sa liberté d’aller et venir, mais elle ne perd ni sa dignité ni ses droits fondamentaux. Après près de six mois de mesures provisoires, il est temps que les autorités apportent une solution durable », conclut Me Guy Matuasilua.