Près de onze ans après le lancement de son asphaltage, la route Lufu–Km5 reste inachevée. Avec cette saison de pluies, les déplacements risquent de devenir encore plus difficiles sur cet axe qui fait vivre de nombreux commerçants et contribue à l’approvisionnement des ménages. Pendant ce temps, les usagers continuent de payer le péage.
À Lufu, le commerce dépasse largement les limites du marché frontalier. Des négociants viennent de Kinshasa, de Matadi, de Moanda, de Boma, voire de Tshikapa pour s’approvisionner. Derrière leurs déplacements, il y a des boutiques à faire tourner, des marchandises à livrer et des familles à nourrir. Tous dépendent, à un moment de leur parcours, de la route reliant Lufu à la Nationale 1.
Ce tronçon demeure pourtant dégradé. Selon les informations de terrain récoltées par Ngoma Actu, son asphaltage n’a jamais été achevé sur l’ensemble du parcours. Au péage existant s’est ajouté un deuxième poste à « Rio Lodge ». Les prélèvements d’argent se poursuivent, mais les usagers attendent toujours une route à la hauteur de son importance économique.

Les pluies, une difficulté supplémentaire
La saison pluvieuse qui commence risque d’aggraver la situation. Sur les parties non revêtues, la boue peut ralentir ou immobiliser les véhicules, voire causer d’accidents. L’eau qui remplit les nids de poule masque les défauts de la chaussée. Les croisements et les manœuvres d’évitement deviennent plus dangereux, particulièrement lorsque camions, voitures et motos doivent se partager un passage réduit.
Ces conditions font craindre des voyages plus longs et davantage d’accidents. Elles peuvent aussi entraîner des frais de réparation et retarder les livraisons. Pour les commerçants qui transportent des denrées périssables, chaque immobilisation supplémentaire expose la cargaison à des pertes.
La facture peut ensuite remonter jusqu’au consommateur. Lorsque le transport coûte davantage, le commerçant doit absorber la dépense dans sa marge ou la répercuter sur son prix de vente. Le surcoût propre à Lufu–Km5 reste à chiffrer, mais l’enjeu concerne directement le pouvoir d’achat des ménages.
Un trafic important, des chiffres à actualiser
L’importance de cet axe n’est pas nouvelle. Après une mission menée en juillet 2015, l’Office congolais de contrôle faisait état de 600 à 800 véhicules et d’environ 10 000 commerçants et acheteurs à chaque tenue du marché (vendredi et samedi). Ces chiffres anciens donnent une idée de l’activité de Lufu, sans mesurer le trafic quotidien actuel.
L’État perçoit, les usagers attendent
Douane, péages, contrôle des marchandises, migration, hygiène et sécurité : plusieurs services publics sont présents à Lufu. Le marché constitue ainsi un lieu d’échanges, mais aussi de perception de droits, de taxes et de redevances. Le montant actuel de l’ensemble de ces recettes n’est connu que par les gouvernants dont l’exercice de redevabilité n’est pas dans leur vocabulaire quotidien.
Toutes ces ressources ne sont pas affectées à la route. Mais la question du péage reste entière : lors du lancement des travaux, ses recettes étaient précisément présentées comme une source de financement de l’asphaltage. Mais qu’en est)il aujourd’hui ?
Le 1er novembre 2015, le gouverneur Jacques Mbadu lançait officiellement le chantier. Le délai annoncé était de six mois. Près de onze ans plus tard, l’inachèvement signalé de cette liaison nourrit le sentiment d’abandon.
Avant que les fortes pluies ne compliquent davantage les déplacements, les priorités sont concrètes : réparer les passages critiques, dégager les évacuations d’eau et sécuriser la circulation. Il reste surtout à achever les travaux et à rendre publics leur calendrier ainsi que l’utilisation des recettes du péage.
Pour les commerçants et les familles qui dépendent de Lufu, une route praticable se mesure simplement : arriver sans accident, livrer à temps et préserver son revenu. C’est sur ces résultats que les pouvoirs publics sont attendus.



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