À Luozi, dans le Kongo Central, le monument aux deux grandes roues situé près du rond-point Ngandu rappelle une page marquante de l’histoire du territoire. Mais à quelques kilomètres de ce symbole du passé, une autre réalité interpelle : traverser le fleuve Congo demeure un véritable défi pour les habitants, les commerçants et les transporteurs.

Non loin du rond-point Ngandu, deux grandes roues attirent le regard des visiteurs. Le monument rappelle le passage de l’explorateur Henry Morton Stanley, surnommé Bula Matari, « le briseur de rochers », dans le Manianga entre 1879 et 1881.

Les roues symbolisent notamment les lourdes charges et wagons transportés à travers cette région au relief difficile. Mais derrière cette histoire se trouve aussi celle des populations locales mobilisées pour porter et tracter ces charges. Le monument constitue ainsi un témoignage de la mémoire et de l’endurance des ancêtres manianga.

Initialement installé plus haut, il a été déplacé près du rond-point Ngandu afin d’être davantage visible. Avec le crocodile, autre symbole local, il fait aujourd’hui partie des repères emblématiques de Luozi.

Un seul bac pour désenclaver Luozi

Plus d’un siècle après les expéditions qui ont marqué cette région, les habitants continuent cependant de faire face à un obstacle majeur : la traversée du fleuve Congo entre Kimbemba et Luozi.

Sur les trois bacs affectés à cette liaison, un seul est actuellement opérationnel : le bac de Mantezolo, réhabilité en 2017. Les deux autres, le grand bac de Kimpungu de 35 tonnes et celui de Mpioka de 15 tonnes, sont hors service.

La situation devient particulièrement préoccupante lorsque le bac disponible doit transporter des véhicules lourdement chargés. Les manœuvres sont lentes et suscitent des inquiétudes parmi les usagers.

Cette dépendance à un seul bac ne constitue pas uniquement un problème de transport. Elle affecte également l’économie locale, la circulation des personnes et des marchandises ainsi que l’attractivité du territoire.

Désenclaver pour développer

Luozi dispose pourtant d’importantes potentialités agricoles, économiques, historiques et touristiques. Leur valorisation passe nécessairement par une amélioration de l’accessibilité du territoire.

Une première réponse pourrait être la réhabilitation des deux bacs immobilisés, accompagnée d’un mécanisme permanent de maintenance des trois engins afin d’éviter que la traversée ne repose sur un seul moyen de transport.

Les autorités nationales et provinciales, les élus ainsi que les opérateurs économiques sont ainsi appelés à considérer la traversée Kimbemba–Luozi comme un véritable enjeu de développement.

Car rétablir une liaison fiable, ce n’est pas seulement réparer des bacs : c’est faciliter les échanges commerciaux, sécuriser les voyageurs, soutenir les producteurs et rendre Luozi plus attractif pour les investisseurs.

À quelques pas du rond-point Ngandu, les grandes roues rappellent qu’autrefois, il fallait briser les rochers pour ouvrir la voie.

Aujourd’hui, Luozi a besoin qu’une autre voie soit ouverte : celle de son désenclavement et de son développement.